Aucune route n'est longue à côté d'un ami. Proverbe japonais
...pour accéder à une véritable liberté intérieure
Quand on l’emprunte un chemin est fait pour nous amener quelque part vers un but à atteindre. Nous prenons une direction et cheminons, mais peut on savoir à l’avance ce que va être ce but puisqu’il n’est pas encore atteint, et sommes nous sûr de l’atteindre jamais ? Est-il définissable en pensée une fois pour toute ou bien participe t’il d’une énergie insaisissable productrice d’une lumière cherchant seulement à guider notre vie ?
Que l’on sache ou pas au départ de quel but il s’agisse vraiment, marcher, se mettre en chemin amène immanquablement à en découvrir et en préciser petit à petit la géographie autant à l’intérieur à travers celui qui vit l’expérience qu’à l’extérieur par les repères et jalons posés, les transformations opérées dans le concret de nos vies. Ainsi donc le chemin lui même d’instant en instant prend toute son importance et mettre un pied devant l’autre pour avancer toute sa signification, puisque ce sont bien nos mouvements, nos pas sur ce chemin qui nous conduisent vers le but.
Nos vies, remarquables, à l’extérieur reflètent sans doute ce que nous sommes à l’intérieur par la manière dont nous savons arpenter et profiter de ce chemin dans les choix qu’il ne manque pas de nous offrir. Est ce que la vie à travers les choix que nous faisons, nous offre une bonne vie ? À quels endroits je n’ai pas une bonne vie ? Si je ne suis pas dans une vie en paix avec moi même c’est donc que je suis bloqué à un niveau et limité pour aller plus loin. Une bonne vie en équilibre dans tous les secteurs que je côtoie (Repos, loisirs, plaisirs, famille, travail argent, couple…) est la base de toute vie spirituelle possible. Il est naturel d’aller vers une bonne vie, mais elle n’est pas automatique. Toute ma vie spirituelle est d’abord sous-tendue par l’attention que je me porte dans mon désir de bien vivre. Car comment concilier ou permettre un espace spirituel fécond développant mon existence si je ne suis que préoccupé par mes difficultés de survivance ?
Avant d’en être à l’heure d’adopter une voie intérieure, d’arpenter un chemin de développement intérieur, la plupart du temps on ne se pose pas trop de question sur soi et la vie, on fonctionne en automate, avisé ou pas, à travers l’éducation que l’on reçoit nous formatant et confrontant à l’image de notre culture. C’est pour une bonne part normal et nécessaire à la construction de notre identité et épanouissement personnelle et c’est aussi une étape que nous sommes libres de dépasser ou pas.
Un jour après avoir réalisé le tangible à notre portée ou parce que des épreuves maladroites à conséquence lourde nous réveillent, on a moins envie de se battre pour un plus ou besoin d’ajouter un plâtre sur nos blessures profondes, on s’arrête pour regarder sa vie comme elle est et on ressent l’impérieuse nécessité de se mettre à chercher le sens de notre déconvenue et le moyen d’installer un mieux pour soi même. C’est peut être là en réponse, sentir le nouveau possible comme un but à atteindre, une énergie adéquate en mouvement et en accord avec l’énergie de la vie toute entière, et non plus faussement subir ou entretenir inconsciemment le mensonge d’une routine fataliste nous figeant sur place.
Parce que l’on sent bien quelque part que toute notre vie ne peut continuer dans le conflit d’un pouvoir exerçant une tyrannie sans limite sur notre vie et qu’elle ne peut pas non plus se résumer qu’à un bien être matériel, qu’aucune attitude artificielle pour tenter de se faire du bien ne va nous satisfaire vraiment et durablement, on commence alors à s’intéresser à soi, apprendre le discernement à travers une pratique de remises en questions sur l’objet de nos déboires, observer nos manières de fonctionner dans notre propre vie envisagée désormais comme globale, c’ est à dire sans séparation intérieur-extérieur mais avec un farouche désir de vérité et d’équité. Et cette route, cette direction choisie éclaire nos pas à l’intérieur comme à l’extérieur. Désormais notre vie ne sera plus composée de bouts rajoutés les uns aux autres nous cloisonnant et nous destinant plus ou moins à un équilibre précaire, mais nourrie de convictions fortes nous aiguillant plus justement vers un rythme et un équilibre durables et naturellement harmonieux. Cet ensemble, intérieur-extérieur, vécu à travers et grâce à l’habileté d’une pratique concrète débouchant sur des petits actes conscients et ordinaires est l’expression vivante d’une vie spirituelle établit et un gage de bonne vie. Alors si je fais le bilan, à mon niveau, je suis fier d’avoir osé m’engager sur un chemin et d’avoir une vie spirituelle.
Je suis fier des choix que j’ai fait, je n’ai pas honte de la voie spirituelle que j’ai emprunté depuis ces quelques années et qui a si bien refondu et amélioré ma vie personnelle en la transformant efficacement depuis le début. Fier d’être dans la réalité d’un mouvement responsable qui caractérise ce chemin au travers d’une structure respectueuse de chacun et sur laquelle je peux m’appuyer, avec des êtres balisant si humblement et précisément son évolution au service de la vie, et sur lesquels je peux compter pour tâcher, moi, de mieux vivre et plus justement avec moi même et ceux qui m’entourent.
Il s’agit donc de voir le chemin comme une opportunité de pratique, une ouverture sur une transformation-évolution profonde de l’homme ancien dépendant de sa petite histoire répétitive et tôt ou tard inadaptée à sa vie présente, vers l’homme nouveau réconcilié avec sa petite histoire personnelle et en quête du juste, acteur libre et conscient de sa propre vie, dans la recherche croissante du meilleur de lui même et en paix dans le présent avec le monde qui l’entoure. Alors le chemin devient la manifestation concrète de ce qui comprend et créé à l’intérieur dans la vie, le cœur même de toute vie spirituelle déposée en l’homme et le moyen le plus pertinent et habile d’accéder au but, à ce qui est mon but. Être hanté par le sens de mon histoire personnelle me permettra un jour, à coup sûr, d’être au centre de mon utilité individuelle et aux portes du service que j’ai à rendre sur terre. C’est mon vœux le plus cher.
Aussi, apprendre l’engagement dans une vie spirituelle ne peut que servir ma vie et la vie. Appartenir à une voie spirituelle, être à l’écoute du plan de développement qui me concerne à travers une pratique légitime permet de susciter des actes libres et conscients, fédérateurs de réjouissance dans ma réalité ordinaire. M’écarter du chemin c’est nier mon identité profonde, me manquer dans la grandeur qui est la mienne en m’éloignant du but.
La véritable liberté est donc la liberté intérieure, celle que l’on acquiert progressivement dans la foi d’un travail sur soi, dans la progression de la connaissance de soi, permettant d’écouter la voix de notre conscience inspirée, l’Esprit sain. Ainsi parcourir ce chemin de tolérance c’est accomplir une libération intérieure, sortir du « péché » (péché : dans le sens de manquer le but, se couper de Dieu) de l’esclavage de mon histoire personnelle, abolir progressivement l’ignorance en me retournant sur moi passionnément et amoureusement, en cherchant et touchant la vérité au cœur de ma conscience. Marcher sur le chemin c’est donc aller vers soi-même à sa propre rencontre dans la présence, à l’intérieur, et devenir libre. Alors le chemin sauve et c’est le but.

La connaissance de soi en vérité permet à l’individu d’accéder à une véritable liberté intérieure, sans que cela devienne une fin en soi. Cette liberté doit permettre à chacun d’agir de manière juste et bonne rassemblée dans une éthique, une conduite de vie et la manière complexe de vivre avec les autres en société, de prendre soin de la terre qui nous a enfanté et qui nous supporte. Je crois aussi que l’essentiel à mettre en pratique comme couronnement d’une vie morale et spirituelle est l’amour désintéressé, et une vie réussie est une vie qui a mis la vérité en pratique – j’aimerai bien accéder à cet état d’être - « aimez vous les uns les autres » a dit Jésus - je suis chrétien, j’appartiens à cette culture là -. Il me semble bien que l’on ne peut connaître, aimer et respecter l’autre autant que l’on se connaît et s’aime soi même…à travers sa propre imperfection reconnue et aimée sur le chemin de nos découvertes intérieures.
Face à la diversité humaine sans véritable égalité, il y a un endroit où nous sommes pourtant tous égaux : Tout le monde est imparfait sur terre et cela ne changera pas. Nous pouvons le vivre bien ou pas bien, ce choix sera notre libre arbitre. Le vivre bien passera nécessairement par un engagement dans une voie, un chemin spirituel, où chercher le sens et la vérité sur notre mal-être nous apportera à travers un dépassement de nous-mêmes, la liberté, l’indépendance à notre histoire, la connaissance et la paix en soi. Nous sommes tous égaux face au grand mystère de la vie et de la mort, face aux difficultés d’entreprendre de se connaître et de mettre en pratique un travail sur soi. Mais c’est sérieux, il s’agit de notre propre sauvegarde dans l’avènement d’un monde meilleur. L’amour en regard de chaque chose est désir de retrouver notre unité originelle égarée, celle qui nous a mis au monde, de restaurer notre pleine et entière nature, de combler notre manque intrinsèque. Mais cet amour cette promesse d’amour sans laquelle nous ne pourrions pas vivre, est une force aveugle qui demande maîtrise et ordre pour devenir une vertu et atteindre son but. Et cela s’apprend.